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    La Grande Ecole du savoir

    Pyramide de Tajin (Mexique). Elle rappelle énormément "la Grande école du savoir" des traditions hopies. Celle qui se trouvait à Palenque (Palátquapi) n’existe plus aujourd’hui.

    A Palátquapi‚ il y avait un édifice qui fut bâti avec un soin particulier. C’était l’édifice le plus important car il devait servir à l’apprentissage. Mon père m’en a parlé quand je n’allais pas encore à l’école. Il me parla des quatre étages de l’édifice et de son utilité.
    Au rez-de-chaussée‚ les jeunes gens apprenaient l’histoire de leur clan et celle du monde précédent. C’était à peu près la même chose que ce qui leur avait toujours été enseigné. Les étages supérieurs étaient les plus importants‚ laisse-moi t’en parler maintenant.
    Dans le deuxième étage‚ les élèves étaient instruits sur tout ce qui concerne le plan de vie. Ils apprenaient tout sur la nature qui nous entoure‚ sur les plantes et les animaux‚ à travers un enseignement théorique et pratique - comment poussent les fleurs‚ d’où viennent les insectes‚ les oiseaux et les autres animaux‚ tout ce qui vit dans la mer‚ comment pousse et se développe chaque espèce. Ici‚ on demandait instamment aux élèves d’ouvrir et d’utiliser leur troisième œil.
    Ils apprenaient aussi les matières chimiques sur lesquelles est basée notre vie. Le corps est composé d’éléments qui proviennent de la terre. Si nous n’obéissons pas aux lois et maltraitons la terre‚ nous devons souffrir non seulement psychiquement‚ mais aussi physiquement. Les maladies qui frappent le corps humain sont causées par la faute des hommes eux-mêmes - ceux qui sont malveillants et que l’on appelle aujourd’hui les faux et les hypocrites. Cela se transmet de monde en monde et c’est encore ainsi que cela se passe aujourd’hui‚ et cela restera ainsi jusqu’à ce que le créateur lui-même change cet état de fait‚ mais ça ne sera pas avant le neuvième monde.
    En dehors des études‚ les élèves devaient produire la nourriture pour toute la communauté. On se nourrissait de la façon la plus pure et on ajoutait à la nourriture du corps‚ la nourriture de l’esprit. De cette manière‚ les jeunes gens avaient une grande estime pour tout ce qui les entourait. Ils apprenaient que‚ suivant l’ordre établi par le créateur‚ ils pouvaient utiliser les plantes et les animaux pour leur nourriture et pour la construction de leurs maisons. Ils en avaient la permission‚ mais avant ils devaient prier pour qu’ils comprennent que ce qu’ils prenaient était un cadeau. De cette façon‚ ils ne détruisaient rien‚ ils acceptaient les cadeaux et la vie qui les entourait restait telle qu’elle était. Encore aujourd’hui‚ chaque Hopi bien éduqué spirituellement prie et remercie. Cela est important et notre peuple devrait toujours le faire.
    Cette deuxième étape était‚ en fait‚ le vrai début de leurs études et toutes leurs connaissances les accompagnaient toute leur vie.

    Au troisième étage de l’édifice se trouvaient les jeunes qui avaient traversé les deux premières étapes de l’apprentissage. Ils avaient entre douze et vingt ans. Avant d’atteindre le troisième étage‚ ils avaient eu l’occasion de connaître différents hommes‚ différentes mentalités et pensées. Ils étaient assez mûrs pour avoir pu faire leurs propres observations et expériences. A présent‚ ils devaient faire connaissance avec le corps humain‚ l’esprit et notre relation avec notre origine divine.
    D’abord ils s’occupaient de la tête. Le créateur nous a donné un merveilleux instrument‚ le cerveau. Là‚ toutes les pensées agissent ensemble avec la partie corporelle de l’être humain. Ils étudiaient aussi la structure de l’esprit et comment le créateur agit sur l’humanité et sur tout ce qui existe dans l’univers. Celui qui a tout parfaitement appris‚ ne connaît plus de barrières de langage. Il peut communiquer avec les plantes‚ les animaux‚ avec chaque créature de notre monde. Cela constituait une partie de ce qui était enseigné au troisième étage‚ c’est-à-dire d’accorder cet esprit merveilleux avec celui de dieu‚ comme vous l’appelez‚ ou avec notre créateur‚ comme notre peuple l’appelle.
    Le deuxième point important était la voix. Les ondes sonores que nous produisons ne sont pas destinées (et limitées) uniquement à ceux qui nous écoutent‚ mais elles atteignent l’univers tout entier. C’est la raison pour laquelle elles doivent être harmoniques‚ car ainsi nous louons notre créateur. C’est pourquoi les Hopis‚ dans leurs cérémonies‚ chantent des louanges pour la nature qui nous entoure et pour les éléments.
    Tout ce que nous disons est écrit continuellement‚ mais tout ce qu’un être humain dit pendant toute sa vie ne prend pas plus de place qu’une petite tête d’épingle. Tu vois combien ton magnétophone‚ ici sur la table‚ est démodé et en retard ? Toutes les voix‚ tout ce qui a été dit dans le troisième monde‚ sont gardés dans une grotte quelque part en Amérique du Sud. Ma grand-mère m’en a parlé un jour‚ mais elle m’a dit aussi que plus personne ne connaît l’endroit où se trouve cette grotte.

    Puis venait l’enseignement sur tout ce qui concerne le cœur. C’est le siège de nos pensées ; ici nous trouvons la compréhension et la pitié qui sont si importantes.

    L’autre côté essentiel de notre cœur est sa relation avec le sang contenu dans notre corps. Le sang a une telle importance que l’homme ne doit jamais expérimenter avec lui. Le créateur a interdit tout mauvais usage du sang. Le grand danger de ce mauvais usage se trouve encore dans le futur‚ c’est ce que l’on nous a dit.

    Maintenant‚ nous arrivons à l’étage le plus élevé de l’édifice. A ce niveau‚ on étudie l’univers qui nous entoure‚ la création et le pouvoir divin.

    Les étudiants étaient informés de toutes les particularités de notre système planétaire‚ pas seulement ce que l’on peut observer‚ mais aussi sur leur ordre. Ils savaient‚ et c’est pourquoi nous le savons aussi‚ que sur la lune se trouve du sable fin‚ que la terre est ronde et qu’il n’y a pas de vie sur Vénus‚ Mars ou Jupiter. Ce sont des planètes mortes sur lesquelles l’homme ne peut pas vivre. Si vos scientifiques nous l’avaient demandé‚ nous aurions pu leur dire qu’ils allaient trouver du sable fin sur la lune.

    Nous avons aussi appris qu’il existe un plan global du créateur que l’être humain doit suivre. S’il faillit au plan‚ il n’est plus l’enfant de la force divine et doit être puni. La loi du créateur a l’air très simple‚ mais il est quand même très difficile de lui obéir. Tout ce qui porte préjudice à l’être humain‚ tout ce qui trouble la tranquillité (la paix) de l’homme‚ viole la loi du créateur. Il en ressort que le crime le plus grave que l’on peut commettre est la destruction de la vie d’un être humain. Rien n’est pire.

    Puis on nous a donné des informations concernant le huitième monde. Ce monde existe mais personne ne sait où il se trouve. Tous les êtres humains qui meurent s’y rendent. Il consiste en deux planètes‚ l’une pour les gens bons‚ l’autre pour les méchants. Quand ce sera la fin du septième monde‚ tous les gens bons du septième monde et du huitième monde iront dans le neuvième monde. Le neuvième monde n’existe donc pas encore. Il ne sera créé qu’en temps voulu‚ ici sur cette terre. Le neuvième monde ne se terminera jamais‚ il sera éternel. Les gens méchants resteront pour toujours sur leur planète‚ aveugles et dans les ténèbres.



    Dans le neuvième monde‚ il n’y aura plus de différences de races. Tu prendras ma couleur de peau ou moi la tienne‚ nous ne le savons pas‚ mais il n’y aura plus de races différentes. Nous devrons travailler et tout sera merveilleux. Mais ce dont parlent les Chrétiens - des anges et tous ces gens qui jouent de la harpe - ça n’existera pas. Notre créateur n’est pas un paresseux.

    C’est tout‚ en ce qui concerne l’apprentissage et l’enseignement. L’édifice même‚ dans sa construction en gradins‚ du sol jusqu’au dernier étage‚ représentait pour nous le savoir croissant‚ l’ascension vers les niveaux supérieurs de l’esprit‚ la compréhension croissante pour les miracles de notre monde. D’après notre tradition‚ un tel édifice existait également à Táotoóma.

    L’enseignement était donné par les Kachinas. Le créateur était mis au courant de nos progrès car il était en relation avec les Kachinas par transmission de pensées. Le choix des personnes pouvant aller dans cette école était également décidé par les Kachinas‚ car ce sont eux qui désignaient les enfants avant leur naissance pour une telle vie d’apprentissage‚ de dévouement et d’abnégation. C’est pourquoi seuls les Kachinas étaient capables de désigner ceux qui pouvaient monter de niveau et atteindre finalement le dernier étage de cette grande école de la vie. Peu d’entre eux atteignaient le but. Ceux qui y parvenaient étaient en harmonie parfaite avec le créateur divin‚ c’est pourquoi je les appellerai des “ grands hommes saints ”.
    A ce propos‚ je dois te parler d’un homme que j’ai eu la chance de connaître. Son nom était Aápa. Il appartenait au clan de mon grand-père‚ le clan du blaireau‚ et il fut l’un des grands visionnaires de notre temps. De tels hommes sont parfois appelés hommes-médecine‚ même par nos gens‚ mais en fait ils ne le sont pas. Les événements que j’ai vécu avec lui‚ et les choses qu’il faisait étaient pour moi remplis de mystère. Souvent‚ il utilisait son troisième œil. Un jour‚ il m’a dit que l’on pouvait changer de côté‚ c’est-à-dire passer du côté corporel de notre vie vers le côté spirituel. La frontière entre les deux serait à peine perceptible. Tous ceux qui voient avec leur troisième œil peuvent la traverser. Aápa nous a montré également comment on peut‚ à l’aide de la lune‚ voir l’autre côté de la terre. Il nous a montré et enseigné beaucoup de choses que tu ne pourrais pas croire sans les voir toi-même. Il fit ces choses en présence de mes parents et‚ en tant que fils aîné‚ je pus y assister. Je pourrais t’en dire plus mais‚ pour quelqu’un qui n’a pas vécu lui-même de telles expériences‚ ce serait difficile à croire ou à comprendre. Il nous disait encore que tout ce savoir provenait justement du quatrième étage de l’édifice en question et fut transmis à ses ancêtres desquels il le tenait.

    Tous ces hommes qui consacrent tout leur temps à ces tâches importantes‚ marchant sur un chemin étroit‚ sont confrontés à de nombreux dangers et tentations. Mais il a toujours existé des hommes qui atteignirent ce but élevé. Aujourd’hui‚ un tel homme est appelé Náquala‚ ce qui signifie conseiller ou bienfaiteur‚ et cela montre son abnégation et son dévouement dans la vie et ses devoirs envers son peuple en tant que guide. Un tel homme ne se laisse pas détourner de son chemin de vérité.

    A tous ceux qui avaient atteint ce but‚ les Kachinas leur accordaient la faveur de ne pas être obligés de mourir ; ils pouvaient quitter notre terre sans être morts. Cela a déjà existé dans la ville de Táotoóma (Tiahuanaco). Ces gens nous ont quitté réellement dans leur corps humain et sont partis vers un système planétaire que nous ne connaissons pas.

    Les Kachinas nous encouragèrent à apprendre beaucoup pour pouvoir atteindre le plus haut rang. Ils nous rappelaient toujours que la vie était devant nous et que nous ne devions jamais oublier ce que nous avions appris dans cette Grande Ecole. Ils nous dirent aussi qu’un jour‚ dans l’avenir‚ il y aurait encore des malheurs et que nous devions tout faire pour rester proches du pouvoir divin.

     

    Malheur et déchéance

    Pendant des siècles‚ les gens de Palátquapi restèrent sur le droit chemin. Partout régnait l’harmonie. Après un certain temps‚ certains clans commencèrent à partir pour s’installer plus loin. Plus les nouvelles colonies s’éloignaient et moins elles avaient de contacts avec nos enseignants les Kachinas. Les hommes qui avaient atteint le niveau le plus élevé de notre Grande Ecole furent envoyés comme délégués dans ces nouvelles colonies. Ils utilisaient leur troisième œil pour choisir les jeunes gens à qui ils pouvaient transmettre leur savoir. Mais‚ finalement‚ beaucoup de colonies perdirent le contact avec nos guides et quittèrent le droit chemin. A l’intérieur des clans et aussi entre les différents clans‚ des disputes éclatèrent et eurent pour conséquence de séparer les clans. Encore plus de gens quittèrent Palátquapi. Ils partirent en Amérique Centrale et au Yucatán. Ils construisirent des villes‚ et de grandes cultures y prirent également naissance.

    A nouveau une époque survint où même des guides spirituels se mirent du côté des pécheurs‚ je veux dire que eux aussi quittèrent le droit chemin. Et le temps arriva où notre peuple fut à nouveau séparé.

    Les clans les plus importants qui quittèrent Palátquapi furent le clan du serpent et le clan de l’arc. Mais de ces deux clans‚ des parties importantes restèrent à Palátquapi. Il s’agissait de gens qui continuaient à obéir aux lois du créateur. Je dois ici t’expliquer la structure de nos clans‚ pour que tu comprennes la répercussion que peut avoir une telle scission.

    Pour comparer‚ imagine deux frères portant naturellement le même nom de famille. Quand un des frères déménage‚ il y aura deux fois le même nom de famille‚ une fois dans la ville et une fois ailleurs. Je vais citer le clan du serpent comme exemple. Comme tous les clans‚ le clan du serpent comprend plusieurs groupes. Dans le cas présent‚ ce sont six groupes appelés également clans‚ car nous avons un serpent à six têtes. Le groupe le plus élevé est le clan Kaátoóya. Kaátoóya est le serpent qui montre la direction de l’ouest‚ c’est-à-dire du coucher du soleil‚ la mort. D’après la tradition du clan du serpent‚ c’est le serpent le plus important car c’est lui qui prononce la sentence quand nous quittons la terre. Ici‚ tu peux voir comment nous utilisons et parlons des symboles. Les gens pensent que nous n’avons rien d’autre‚ mais c’est faux car nous savons ce qu’il y a derrière les symboles. Dans le cas présent‚ Kaátoóya est la divinité la plus importante du clan du serpent‚ mais nous parlons d’elle comme d’un serpent. Pour les autres cinq directions‚ il y a chaque fois un serpent et un clan. Quelques-uns des clans du serpent étaient devenus désobéissants envers leur divinité Kaátoóya‚ à Palátquapi‚ et sont partis. Mais trois clans - ouest‚ est et nord - sont restés avec leur divinité. C’est pourquoi nous pouvons dire d’un côté que le clan du serpent avait quitté la ville et de l’autre côté que le clan du serpent était resté en ville. Tu vois‚ il n’y a pas de contradiction. Dans le cas du clan du serpent‚ il arriva même que ceux qui sont partis ont fait plus tard la guerre contre leur propre divinité la plus élevée.
    Comme je l’ai dit‚ les clans qui sont partis de Palátquapi ont construit beaucoup de villes. Quelques ruines de ces villes furent retrouvées‚ mais on en découvrira davantage dans le futur‚ il y aura donc plus de preuves pour notre tradition. La capitale du clan de l’arc était le grand centre de Tikal. On y a trouvé une sculpture d’une tête en pierre avec un serpent dans la bouche. Il s’agit de la divinité Saáviki. Je te raconterai plus tard une histoire à son sujet.
    Vue aérienne de Tikal

    Le Yucatán fut peuplé par le très puissant clan du serpent. Là aussi‚ beaucoup de villes furent construites. Sur de nombreux rochers se trouve le serpent à plumes. Chichen Itza était la capitale. Les chefs de ces clans étaient partis de Palátquapi parce qu’ils voulaient régner eux-mêmes et‚ bientôt‚ ils se sentirent aussi forts que ceux de Palátquapi. Ils quittèrent le droit chemin et prirent des chemins différents. Jusqu’à ce moment-là‚ et pendant toute la première phase de la séparation‚ Palátquapi fut toujours le vrai centre. Je dirais que les autres villes au Yucatán et en Amérique Centrale furent des villes secondaires. Mais l’émigration affaiblissait la puissance de Palátquapi et ses chefs pressentaient qu’il y aurait la guerre. En même temps‚ beaucoup de clans restèrent attachés à leur croyance‚ la plupart d’entre eux demeurèrent à Palátquapi. Mais certains furent également parmi les émigrants et purent être‚ malgré tout‚ en mesure de rester sur le droit chemin car ils n’avaient jamais participé à la destruction des anciens mondes‚ ils étaient les élus. Quand les initiés de très haut rang‚ qui avaient atteint le quatrième niveau‚ virent le danger‚ ils se rendirent dans les autres villes afin d’obtenir une réunification‚ mais ils n’eurent plus de pouvoir sur elles.
    Il y eut de nombreux démêlés guerriers dans toute la région. Le clan du serpent et le clan de l’arc - les parties de ces clans qui avaient quitté Palátquapi - se combattirent. Finalement‚ les guerres eurent pour conséquence la complète destruction des villes. Les continuelles atteintes contre les lois divines provoquèrent une telle perversion et un tel désordre dans toute la région que les gens voulurent simplement ne plus y vivre. Tout fut dégradé et personne ne put remplir correctement ses obligations religieuses. Ils ne purent rien faire d’autre que de partir à nouveau en migration. Certains de ces clans s’installèrent ici‚ à Shingópovi‚ puis à Oraibi‚ et enfin à Hotevilla. C’est pourquoi à Hotevilla‚ encore aujourd’hui‚ chaque année au mois de février a lieu la célébration du serpent à plumes.

    Au cours de ces temps terribles à Palátquapi et au Yucatán‚ les Kachinas nous quittèrent. C’est depuis ce temps qu’ils ne sont plus avec nous et tout ce que nous pouvons faire est de prendre exemple sur eux. Quand ils sont partis‚ ils nous ont dit : “ A partir de maintenant‚ vous ne pouvez compter que sur vous-mêmes. ”

    Peut-être te demandes-tu comment ce malheur a pu s’abattre sur Palátquapi et le Yucatán en dépit de la présence des Kachinas. Je peux te dire qu’à chaque fois‚ dans le passé‚ que quelque chose du même genre est arrivé‚ cela n’était pas le plan des Kachinas mais des hommes. Les Kachinas les ont mis en garde‚ mais la plupart des hommes voulaient conquérir et faire des guerres. Ils n’écoutaient pas les sermons et conseils et continuèrent à porter atteinte aux lois du créateur. C’est la raison pour laquelle beaucoup de clans et peuples furent détruits. Quand les clans menaient réellement la guerre‚ les Kachinas ne s’en mêlaient pas. Ils ne voulaient pas s’en mêler car la terre appartient aux hommes. C’est l’homme qui est responsable et il détermine ses actes lui-même. Ce que les hommes ont fait‚ ils l’ont fait d’eux-mêmes‚ et ils vont en subir les conséquences. Mais le jour du règlement des comptes n’est pas encore là. Seulement aujourd’hui‚ à notre époque‚ l’humanité approche du temps de la punition.

    Beaucoup de légendes existent concernant les combats pendant ces temps de troubles et de destructions.

     

    Háhäwooti

    Un groupe de clans émigra vers le nord en direction de la barrière de glace. Quand ils arrivèrent‚ des différences d’opinion éclatèrent entre les chefs. Certains clans restaient fidèles aux anciennes croyances pendant que d’autres s’en détachaient. Ces derniers décidèrent d’arrêter la migration et de retourner à Palátquapi.
    Ces clans qui revenaient du nord avaient développé leurs propres idées et enseignements. Quand‚ enfin‚ ils arrivèrent à Palátquapi‚ ils virent cette ville épanouie et les gens qui continuaient à suivre les anciennes croyances ; ils en devinrent très envieux. Les gens de Palátquapi et les nouveaux arrivants ne purent vivre ensemble à cause de leurs différences de croyances. C’est ainsi que ces derniers s’installèrent en dehors de la ville mais pas trop loin. Ils appartenaient à un clan puissant‚ le clan du feu. C’était le clan qui régna pendant le premier monde et‚ finalement‚ causa sa destruction. L’envie et la jalousie poussèrent le clan du feu à attaquer Palátquapi. Nous gardons vivant le souvenir de ce combat par quelques-unes de nos cérémonies dans lesquelles les héros de ces démêlés apparaissent.
    L’un des clans qui restèrent à Palátquapi et ne continua pas sa migration fut le clan Aása. Aása veut dire graines de moutarde‚ qui faisait partie de notre nourriture en hiver à nos débuts ici‚ à Oraibi. Le nom du clan fut transformé plus tard en Astak mais‚ à l’époque‚ c’était toujours le clan Aása. Les gens de ce clan obéissaient à leurs chefs et restaient fidèles aux enseignements des Kachinas.
    Parmi eux se trouvait une famille avec trois enfants‚ une fille et deux garçons‚ qui jouèrent un rôle important dans cet événement de notre histoire tribale. La fille s’appelait Háhäwooti. Elle était très têtue et écoutait à peine ses parents. Mais elle était forte et‚ tout en étant la cadette‚ n’avait pas peur d’exécuter des travaux d’homme quand ses frères étaient absents. Le frère aîné s’appelait Cháckwaina et l’autre Héoto.
    Palátquapi était entouré d’un mur de pierres et bien protégé. La ville avait déjà été attaquée de nombreuses fois‚ mais elle avait toujours pu se défendre et détruire l’ennemi. Quand le clan du feu commença son attaque‚ Héoto courut vers la maison pour prévenir ses parents. La mère était justement en train de coiffer Háhäwooti. Elle avait disposé les cheveux en rosette en haut du côté gauche de la tête‚ maintenant elle passait le peigne dans les cheveux du côté droit. C’est alors que Cháckwaina fit irruption dans la maison pour relater ce qui se passait. Puis il regarda sa sœur et dit : “ Tu as toujours agi selon ta propre volonté et tu n’obéis jamais ni n’écoutes les parents ; maintenant‚ nous allons voir si tu es courageuse et si tu peux nous aider à défendre la ville. ” Háhäwooti répondit à son frère : “ Je vais te le montrer. ” Et avant que sa mère n’ait pu lui attacher les cheveux du côté droit‚ elle prit l’arc et les flèches et partit en courant.

    C’est pourquoi‚ dans la cérémonie‚ elle porte un carquois‚ un arc et des flèches‚ et ses cheveux sont défaits d’un côté. Elle montra vraiment beaucoup de courage pendant le combat‚ mais c’était son frère qui l’avait encouragée. Tous les trois se battirent avec courage - mais c’est surtout Háhäwooti qui guida le peuple - ils ont boutèrent l’ennemi hors de la ville et le poursuivirent très loin. Plus jamais il ne revint attaquer la ville. Háhäwooti‚ Cháckwaina et Héoto sont devenus des Kachinas grâce à leurs exploits. Pendant la cérémonie‚ les danseurs qui représentent les trois héros répètent et imitent leurs gestes et‚ en témoignage de leur grand courage‚ Háhäwooti et Cháckwaina ne sont pas obligés de danser avec les autres danseurs (Kachinas)‚ ils ont un rôle déterminant et peuvent sortir du rang. Ils portent des masques noirs‚ ce qui n’a rien à voir avec la race mais est le signe qu’ils sont maintenant des initiés et ne sont plus des êtres humains. La vraie signification de la couleur noire est le symbole de tout ce qui est mystérieux‚ connu seulement du créateur.
    Sur un côté du visage de Cháckwaina est dessinée une lune‚ et sur l’autre une étoile. Ces symboles sont très importants. Comme nous le savons‚ la lune est loin de la terre‚ mais encore visible‚ la lune attire l’attention sur une grande distance dans l’univers‚ c’est pour reconnaître la distance encore plus grande de l’étoile. Cette étoile est le signe du système planétaire où habitent les Kachinas. Cette étoile et ses planètes ne sont même pas encore connues par les astronomes actuels. Elles ne seront découvertes qu’à la fin du septième monde. C’est à ce moment-là que nous serons informés de la Confédération des planètes mais aujourd’hui‚ dans l’état actuel de nos connaissances‚ nous ne pouvons pas encore nous y rendre.
    Tu vois que pendant nos cérémonies‚ les actes de Háhäwooti et de ses frères jouent un rôle important. C’est de cette manière que nous gardons l’histoire en mémoire et que nous savons exactement ce qui s’est passé.

     

    Le combat entre le clan du serpent et le clan de l’arc

    C’est également une histoire importante. Depuis le combat‚ beaucoup de temps s’est écoulé et notre peuple a beaucoup marché pour arriver enfin ici‚ sur notre terre. Mais nous avons toujours gardé vivant le souvenir de tous ces événements réels qui se sont passés‚ même si les membres d’un certain clan‚ qui sont toujours parmi les Hopis‚ n’aiment pas beaucoup y penser. Je veux te raconter cette histoire parce que l’on a trouvé des preuves sous forme de dessins rupestres et de sculptures.
    Comme je l’ai déjà mentionné‚ parmi les guides spirituels‚ une scission s’était produite. Certains voulurent continuer à enseigner et à éduquer les jeunes gens en harmonie avec notre important héritage spirituel. Le clan du serpent en faisait partie. Mais d’autres‚ dont le clan de l’arc‚ ne voulurent pas continuer ainsi. Ce clan avait déjà agi de la sorte quand il participa à des accords qui conduisirent vers la destruction du troisième monde‚ ce fait étant connu par les Hopis.
    Nous connaissons également la forme d’énergie qui fut utilisée pendant ce combat. Les scientifiques de nombreux pays travaillent au développement de telles armes.
    Le clan de l’arc affirmait que sa façon de vivre l’avait rendu plus fort et il a provoqué le clan du serpent‚ ainsi que d’autres clans. Ils acceptèrent le défi.
    Avant de continuer cette légende‚ je dois te dire encore quelque chose sur le clan du serpent. Nous‚ les Hopis‚ nous sommes les seuls à avoir comme symbole le serpent à six têtes. Une tête est dirigée vers l’est‚ une vers le nord‚ une vers l’ouest‚ une vers le sud‚ une vers le haut et l’autre vers le bas. Il s’agissait des directions spirituelles des différents clans du serpent de cette époque-là. Chacun des six serpents avait sa propre signification et ses propres tâches. Je ne veux pas tous les expliquer ici mais seulement celui qui joue un rôle dans cette histoire‚ à savoir celui qui montre la tête vers le bas‚ qui agit sous la surface de la terre. Nous connaissons vraiment un serpent qui s’enterre sous le sable et que nous appelons serpent des sables‚ il est connu sous le nom de “ Sidewinder ” (un serpent à sonnette du désert). En raison de la puissance de ce serpent‚ le clan du serpent fut “ invité ” à assurer la défense de la ville et tu verras bientôt pourquoi.
    Les chefs des deux côtés se rencontrèrent afin de fixer les règles du combat. Il y eut d’importantes querelles comme aujourd’hui parmi les chefs d’états. On se mit d’accord pour que le combat commence deux jours après la fin de la réunion et que chaque côté essaye‚ pendant quatre jours‚ de conquérir la ville de l’ennemi. Le clan de l’arc voulut bien que ce soit le clan du serpent qui commence les hostilités‚ mais ce dernier dit : “ Non‚ vous nous avez provoqués‚ c’est donc vous qui commencerez. ” On s’est mis d’accord ainsi. Le combat devait commencer chaque jour au lever du soleil et se terminer quand le soleil touche l’horizon. Ce ne fut pas une guerre où l’on se bat homme contre homme avec des massues ou des arcs et des flèches. Les villes étaient distantes de 80 à 100 kilomètres l’une de l’autre et il s’est agi d’une guerre scientifique et technologique entre deux groupes très puissants. C’est pourquoi les deux clans n’aiment pas en parler‚ même aujourd’hui.
    Pendant les deux jours suivants‚ toutes les préparations furent entreprises et‚ le troisième jour‚ quand le soleil apparut au-dessus de l’horizon‚ le combat commença. Le clan de l’arc bombarda la ville du clan du serpent avec les armes les plus fortes et les plus effrayantes dont il disposait. Ce qu’il utilisa est appelé aujourd’hui de l’énergie électrique‚ similaire à la foudre. Ce clan du serpent s’y était préparé. Le serpent que j’ai mentionné précédemment aida les gens à aller sous la terre et à se protéger avec un bouclier puissant et une sorte d’énergie électrique. Pendant la journée‚ seuls les chefs apparaissaient de temps à autre sous un bouclier pour voir la position du soleil. Ce fut difficile pour tous et tout le monde était soulagé quand le soleil se couchait et que tout redevenait tranquille. Il n’y avait plus ce tonnerre comme à chaque fois que la force puissante touchait le bouclier. On enleva le bouclier et tout le monde put sortir.
    Le clan de l’arc savait qu’il n’avait fait aucun mal au clan du serpent et que ce dernier l’attaquerait le lendemain. Et maintenant‚ c’était au tour du clan de l’arc de faire des préparatifs de protection. Le jour se leva et le clan du serpent attaqua la ville du clan de l’arc. Il se donna beaucoup de mal ; ce fut comme un tir avec des explosifs atomiques tant les armes du clan du serpent étaient puissantes ! Mais le clan de l’arc avait également un bouclier puissant‚ car les deux côtés avaient fait d’importants progrès scientifiques. Et ainsi‚ le clan de l’arc put survivre ce deuxième jour. Le troisième jour‚ aucune décision ne tomba‚ mais le clan de l’arc perdit sa chance de victoire. Le quatrième jour arriva et donc la dernière chance de victoire était pour le clan du serpent. Il fit tout son possible mais ne put briser le bouclier de l’adversaire. Après quelques heures‚ dans l’après-midi‚ le clan du serpent décida de tenter quelque chose d’autre pour montrer sa force à l’adversaire. On cessa de tirer et on fit l’usage des capacités du serpent de pouvoir s’enterrer. Ils construisirent un tunnel au-dessous des fortifications du clan de l’arc.
    Les gens du clan de l’arc s’étonnèrent que les bombardements s’arrêtent avant le coucher du soleil. Ils se demandèrent ce qui se passait ou si le clan du serpent avait abandonné. Ils étaient encore à se poser ces questions quand le chef du clan du serpent sortit du tunnel et dit : “ Nous sommes ici et vous êtes vaincus. Nous pourrions vous tuer maintenant. Nous n’allons pas vous tuer‚ mais à partir de maintenant votre divinité Sáaviki doit porter un serpent dans la bouche lors de notre cérémonie‚ tous les quatre ans. ” Ce fut la fin du combat.
    Dans notre région‚ il y a des dessins rupestres avec un homme portant un serpent dans la bouche et‚ à d’autres endroits‚ se trouvent des sculptures qui montrent la même chose‚ par exemple à Tikal. Pour rester dans notre mémoire‚ la divinité du clan de l’arc porte un serpent dans la bouche pendant la cérémonie Powámuya‚ ici à Oraibi.
    C’est ainsi que les Hopis se rappellent ce qui se passa il y a longtemps au Yucatán.

     

    L’éclatement

    Après ces temps très troubles à Palátquapi et au Yucatán‚ nous nous sommes désunis. Palátquapi même ne fut pas détruite par la guerre. Les gens sont partis‚ Palátquapi avait perdu sa puissance et fut finalement détruite par un tremblement de terre. C’était quand le serpent fut remonté (parvenu en haut) et les jumeaux commencèrent leur long voyage. Beaucoup de clans reprirent leur migration‚ mais d’une manière isolée les uns des autres. Les Kachinas nous aidaient seulement en nous montrant le chemin. On n’utilisait plus de vaisseaux spatiaux. Cette fois-ci‚ nous devions vraiment nous battre. Nous devions mériter de posséder cette terre.



    Ancien dessin gravé sur un rocher près d’Oraibi.
    Cette gravure est antérieure à l’invention des avions !

    Les migrations s’effectuèrent en direction des quatre points cardinaux. Les gens étaient venus du sud et maintenant‚ sur cette partie du continent‚ ils devaient se diriger vers le nord‚ l’est et l’ouest. Notre peuple était en marche dans toute l’Amérique du Nord. Des ruines et des tombeaux sur l’ensemble du continent attestent de nos mouvements. Nous sommes le seul peuple qui‚ même durant les migrations‚ construisirent des maisons en dur. Le créateur le souhaitait ainsi. Nous ne montions ni tentes ni huttes légères‚ seulement de vraies maisons‚ dans lesquelles nous restions parfois plusieurs années avant de poursuivre notre chemin. De tels lotissements ou leurs ruines montraient aux groupes qui arrivaient après nous que nous étions passés là longtemps avant eux.
    D’autres groupes méprisaient l’ordre. Certains commencèrent les migrations et ne les terminèrent jamais ; d’autres restaient sur place quand ils trouvaient une région qui leur plaisait.



    Le rocher où les différentes tribus ont gravé leurs symboles
    lors des différentes migrations (Grand Canyon)

    Ils ne restaient que peu de groupes qui obéissaient toujours aux lois et qui transmettaient les vraies traditions. Tous les autres n’avaient plus la même religion‚ il leur manquait le savoir‚ alors que Táiowa les avait tous créés.

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